Partager l'article ! Et une semaine de plus! Ca passe trop vite!: Jeudi 13 Mai 2010 9h30 : ...
Jeudi 13 Mai 2010
9h30 :
Que c’est dur de se lever ce matin ! (je précise que pour nous c’est tard car nos levers habituels sont + de l’ordre de 8h-8h30). Résultat la matinée est déjà bien entamée.
11h30 :
ça y est nous prenons enfin le temps d’aller au cyber pour donner des nouvelles par internet (surtout Mathilde qui n’y était pas allée depuis… oulà !).
13h :
Nous rencontrons Amandine, une orthophoniste fraîchement diplômée de l’école de Liège qui passait 2 mois à Cotonou, et qui repart dimanche prochain. Déjeuner dans son quartier à Midombo (et 1 nouvel endroit à découvrir par la même occasion).
14h30 :
Nous rencontrons IB (=Ibrahim), un jeune Ivoirien qu’a rencontré Amandine. Il nous emmène dans sa boutique où il vend des sculptures et des bijoux en ivoire et en bois et des peintures, qu’il fait lui-même avec son frère. Puis nous sommes rejoints par Peace (de son vrai nom Noémie), une amie d’Amandine qu’elle a rencontrée dès le début de son séjour.
17h
: Nous partons en direction de la maison d’IB (encore en construction donc future maison !), qui est située au bout de notre rue ! Mais quand je dis le bout… notre rue est vraiment vraiment longue !!!Puis nous descendons sur la plage et savourons l’air marin.
19h :
Nous sommes raccompagnées à la case, nous échangeons nos numéros. Nous les reverrons ce week end pour fêter le départ d’Amandine. En conclusion, très bonne journée d’Ascension !!!
Sur la plage, Peace avait commencé à nous raconter 1 histoire sur les sirènes. Donc le soir même, Mathilde demande à Abel de lui raconter cette histoire que j’ai retranscris sous sa dictée (mot à mot pour la plupart des phrases donc excusez-moi s'il y a des erreurs, mais Abel tenait à ce que j'écrive exactement ce qu'il disait!!!). A la fin du récit, j’apprends que cette femme s’est enregistrée pour vendre des cassettes sur lesquelles on la voit raconter son histoire, à laquelle beaucoup de Béninois croient.
Histoire de la sirène
Il y avait une femme, avant qu’elle accouche, elle est partie voir les sirènes. Elle leur a demandé de faire en sorte qu’elle accouche sans problème. A l’accouchement, l’enfant était né sain et sauf. La femme avait promis de faire un sacrifice aux sirènes.
Un jour, l’enfant était allé à la plage avec son copain, quand une grande vague est venue et a prolongé (=emporté) le garçon très loin. Quelques instants après, une sirène est sortie de l’eau et est venue demander le nom de la fille. Quand la fille lui a dit son nom, la sirène lui a dit de la suivre. Alors elle a été formée par la sirène.
Quelques jours après, la fille est rentrée chez elle. Sa mère lui a demandé où elle était. Alors elle a dit qu’elle était chez son copain. Dans la nuit, elle tua sa mère, puis son père, ses frères et sœurs, et enfin ses grands-parents. Elle est restée seule. Elle est retournée voir la sirène, qui lui a donné le pouvoir de voir à travers le ventre des femmes et d’enlever les bébés des ventres.
Un jour, elle était allée au marché. Là-bas, il y avait une femme qui était en état (=enceinte). Elle voulait acheter au même endroit que la fille. Alors la fille a regardé à travers le ventre et a enlevé l’enfant. Quand la femme est allée à l’hôpital, les médecins ont fait tout leur possible mais la femme ne pouvait plus accoucher. Alors son mari l’a quittée en la traitant de « é so si dji vi a » (femme stérile en fon).
Un jour, la fille allait à la messe. Lorsqu’on priait, le feu du christ l’envahit (= « zo mahu ton main »). Et elle a disparu. Elle est repartie voir la sirène. Le dimanche, elle est repartie à la messe. Elle a trouvé un beau garçon et l’a emmené voir la mer. Quand ils marchaient, le garçon voyait le sol, or la fille voyait la mer. A un moment, le garçon constata qu’il y avait de l’eau sous ses pieds. Il a dit « pourquoi de l’eau sous mes pieds ? ». La fille répondait que ce n’était rien. Alors ils rentrèrent dans la mer. La fille alla remettre le garçon à la sirène qui le tua et le ressuscita. Elle lui donna aussi des pouvoirs pour aider la fille en cas de besoin. Par exemple, il était capable de tuer à distance.
Un jour, on envoya la fille tuer des gens, et elle se transforma en un grand oiseau. Là rayonnait une immense prière qui la fit tomber et elle se transforma en fille. Alors on lui a demandé de parler, de dire tout ce qu’elle savait, qui l’avait envoyé. La sirène lui envoya un grand pouvoir pour l’empêcher de parler et pour la paralyse. Alors le pasteur se mit à prier, prier, prier jusqu’à ce que la fille se relève et dise tout. On a fait une prière pour enlever son pouvoir satanique. Depuis ce jour, elle est devenue une vraie chrétienne et dirige la chorale de l’église. Elle est devenue la femme du pasteur.
D’après Abel Hounnou
Vendredi 14 mai2010
Ce matin au programme : boulot ! En effet, nous devons créer du matériel pour nos futures séances. Mais quel est le problème sachant que Carole et Mathilde sont des stars du dessin comme tout le monde le sait ! Heureusement nous avons trouvé des modèles sur les livres des centres RBC et sur les dessins de la Chrysalide (merci Hélène !!!). Repas purement béninois ce midi : akassa enrobé de feuilles vertes, les premières brochettes de Mathilde, piment, ananas ! Promenade sur la plage en empruntant un nouveau chemin dans les vons juste à la sortie de chez nous. Au bout d’un certain temps, Carole n’y tient plus : allez hop ! à l’eau ! et toute habillée ! (photo à l’appui !). Puis le soir petit repas de fruits bien rafraîchissant ! Quel vendredi de l’ascension !!! Exténuant !
15 mai 2010
Petit samedi tranquille : préparation des séances de la semaine prochaine (Mathilde a 3 enfants à prendre en charge lundi et Carole cherche de nouveaux scénarii pour travailler les activités de vie quotidienne au centre RBC), création de matériel, mémoire pour Carole. Puis après-midi plage avec Amandine, l’orthophoniste rencontrée jeudi, et bien sûr baignade !!!
16 mai 2010
Aujourd’hui, visite de la cité lacustre de Ganvié (littéralement « collectivité sauvée » ou encore « territoire de la paix », nom tiré de l’histoire, alors que les razzias esclavagistes des rois d’Allada et d’Abomey contraignirent les populations à chercher refuges dans les marécages). Surnommée la « Venise de l’Afrique », cette bourgade lacustre est construite dans le delta du fleuve Ouémé, qui prend sa source au nord du Bénin. Les « touffinous « (habitants de l’eau) habitent des cases à l’ossature constituée de pieux en bois sur lesquels viennent se greffer des branchages tressés. Partout sur le lac, on pêche soit à l’épervier, avec un filet lesté lancé dans l’eau, soit à partir des akadja, avec des pieux et des branchages formant enclos où sont pris aux pièges les carpes, silures, soles, tilapias, mulets…
L’après-midi, nous effectuons une longue promenade le long de la grande rue d’Abomey-Calavi, à la recherche de la route menant vers Cotonou. En nous paumant dans une von écartée, nous rencontrons quelques « yovos yovos bonsoir ça va bien merci » !!!
Le soir, fin de création d’un début de jeu de désignation/appariement…
7h45 : Un bonjour bien pluvieux ce matin, avec tonnerre et éclairs pour les effets et une absence de courant pour bien commencer la journée !!! Petit déj dans le noir, puis Caroline passe à la case pour annoncer à Carole qu’elle ne travaillera pas aujourd’hui. En effet, lorsqu’une pluie aussi forte tombe, les mamans ne se déplacent pas jusqu’au centre RBC. Donc nous passons notre matinée cloîtrées dans notre chambre, s’éclairant à la lampe torche et supportant la chaleur présente malgré la pluie, ne pouvant bénéficier des bienfaits du brasseur. Finition de matériels, mémoire pour Carole : quel programme !
14h : Mathilde part au cabinet d’Edith. J’ai pris en charge 3 séances cet après-midi :
- Lina, de mère suisse et de père arabe, avec laquelle j’ai travaillé le vocabulaire et les déterminants un/une, car elle ne fait toujours pas la bonne association.
- William, ayant fait un AVC, a une distractibilité plus qu’impressionnante ! Il lui est réellement impossible de regarder quelque chose pendant plus de 2 secondes ! De plus, son aphasie de Broca persiste et son manque du mot est très important. Il a sans cesse recours aux gestes d’usage ou à la désignation.
- Steven, présentant une retard de langage et de parole, avec qui j’ai joué avec anima’lire, anima’dire, qui l’a bien intéressé et permettant de travailler son articulation. Puis je lui ai proposé des histoires en image à remettre dans l’ordre (3 images car la dernière fois, les 4 images avaient été difficiles). L’exercice est dans l’ensemble réussi, sauf 2 saynètes. Les autres patients ont été suivis par Edith : Sarah (retard de langage et de parole) et William (TED).
Bilan de l’aprèm : c’était vraiment agréable de mettre en pratique mes connaissances, de voir ce dont j’étais capable, si mes idées d’exercice étaient adaptées et pertinentes, bref d’être une ortho !!!
Carole : Après-midi consacrée à la création d’un ensemble de scènes imagées pour développer le langage oral, ainsi qu’à la poursuite du mémoire… En fin d’après-midi, lecture d’articles sur les troubles d’apprentissages sur la plage, et quand même une demi-heure le regard rivé sur l’océan ! Je retrouve « Maman Mathilde » (comme elle s’annonce elle-même) vers 19h30, qui apporte le repas acheté à son retour du cabinet : ananas, oranges, beignets de pâte d’haricot et patates douces frites, noix de coco…
20h30 : préparation des séances de demain, pour la Chrysalide notamment.
18 mai 2010
9h20 : Départ en bus (pour changer) vers la Chrysalide, où nous retrouvons Jeanne et Eugénie, et rencontrons Claudine Daizo, membre de l’association OrthoBénin. Puis les enfants arrivent avec Thierry.
Mathilde : je prends en charge Gloria : elle est vraiment très volontaire, s’investit dans la rééducation et n’hésite pas à fournir des efforts pour obtenir le résultat escompté. C’est un vrai plaisir de travailler avec elle. Devant le miroir, je luis propose des praxies, notamment au niveau de la langue qu’elle ne réussit pas à monter (elle produit cependant parfaitement le [t]). Puis on utilise un jeu de discrimination auditive pour travailler à la fois la lecture labiale (Gloria ne regarde pas la personne quand on lui parle) et son articulation des phonèmes [p] et [t]. Puis lecture d’un livre (sa lecture est syllabée à cause de son niveau de lecture où à cause de ses difficultés d’articulation ?) : la prochaine fois, il faudra voir si elle comprend ce qu’elle lit.
Puis je rencontre Nadine, présentant une déficience intellectuelle et ne parlant pas… enfin pas spontanément, car elle répète parfaitement le PATAKA, les mots, les logatomes et les phrases que je lui propose. Elle présent des troubles en compréhension (désignation, ordres simples) et la dénomination est difficile non seulement à cause de son retard intellectuel mais aussi parce qu’elle ne connaît pas assez le français ! Elle ne sait pas lire ni écrire, mais je pense que l’on pourrait essayer de travailler la conversion phonème-graphème, ainsi que l’écriture des chiffres.
L’après-midi, je travaille avec Requis : les stimulations oro-faciales ont été laborieuses, il tournait sans cesse la tête et lorsque je lui demandais de tirer la langue, il me souriait (comme il le fait souvent). Même avec le miel, je n’ai réussi qu’une seule fois à lui faire sortir la langue. J’ai essayé de lui fermer la bouche en stimulant les lèvres, puis en les accolant : au début, il intercale ses dents, puis je réussi à les accoler mais peu de temps, puis après plusieurs essais je garde ses lèvres accolées pendant 5 à 8 secondes. Il produit [aja], que je réussis à lui faire répéter plusieurs fois. Mais aucune production avec d’autres phonèmes. Il est réceptif aux chansons, notamment « meunier tu dors » dans laquelle il rigole quand j’accélère le moulin fait avec mes mains (donc exploiter la gestuelle).
Carole : J’effectue tout d’abord le bilan d’Edith, jeune trisomique d’une vingtaine d’années. Malheureusement, elle parle fon essentiellement, sa compréhension et désignation sont bonnes dans cette langue. Disposant d’une bonne préhension fine, elle a aussi une bonne reconnaissance des formes et de bonnes stratégies d’essai-erreur pour l’encastrement. Ses facultés praxiques sont bonnes, se corrélant à une bonne répétition des syllabes (phonème cible en position final difficilement repris cependant), et des mots jusqu’à 3 syllabes.
Puis, je bilante Auguste, déficient intellectuel avec peu de langage en fon, que ce soit en production ou en compréhension. Néanmoins, il dispose d’une bonne reconnaissance de la fonction des objets (images) lui étant présentés. Ses capacités de copies de symboles graphiques sont réelles, que ce soit pour les figures géométriques ou l’écriture. Il connaît la comptine numérique, mais n’associe pas en correspondance terme à terme. Au vu de l’absence de langage français d’Edith et Auguste, je ne travaillerai pas sur ce versant.
Enfin, j’ai pris en charge Olivia, déjà bilantée l’année passée. Jeanne m’a informé des progrès qu’elle a fait en matière d’entrée en communication, mais elle s’est montrée très timide avec moi. Très intéressée par les livres et les images de dénomination, elle n’a cependant pas desserré les dents. Réceptive aux comptines du schéma corporel, elle a aussi volontiers repris, et initié, des rythmes frappés alternativement sur la table et dans les mains. Nous avons également instauré un tour de rôle par le biais d’un jeu de mémory (reconnaissance et mémorisation spatiale). En ce qui concerne le graphisme, nous avons dessiné une tête de bonhomme, et elle a pu agrandir celle-ci quand je lui ai montré comment faire plus grand. La prochaine fois, nous travaillerons en collaboration avec Jeanne.
L’après-midi se passe au cabinet d’Edith. Je prends en charge Kamal : désignation, dénomination pure et en situation PACE, échec de la reconnaissance de rimes orales, échec de la syllabation, description d’images (séquentielles) en une phrase simple (répétition) à partir du mot énoncé par Kamal.
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